Politique de la lecture et du livre
 
 
 
 
 

Lettre au premier ministre Lucien Bouchard

Le 5 mai 1999

Monsieur le Premier ministre
Lucien Bouchard
885, Grande-Allée Est
3e étage
Québec (Québec)
G1A 1A2
Monsieur le Premier ministre,

Un an après le Sommet sur la lecture et le livre, tenu à Québec les 22 et 23 avril 1998, nous désirons porter à votre attention certaines de nos préoccupations. Les mesures visées par la Politique de la lecture et du livre telles que l’enrichissement des collections, la consolidation de l’informatisation des bibliothèques, la mise en réseau et le partage des ressources sont bien entendu excellentes et nous y souscrivons entièrement.

Toutefois, pour plusieurs municipalités, le moratoire sur la construction et la rénovation d’équipements culturels constitue un obstacle à l’atteinte des objectifs visés par la Politique de la lecture. Nous aurions espéré, à la suite de l’annonce que vous aviez faite lors de la dernière campagne électorale, soit le 1er novembre 1998 à Saint- Agathe-des-Monts, que votre gouvernement aurait levé le moratoire dès cette année. Nous croyons que les bibliothèques publiques du Québec ont largement souffert du manque de ressources financières. Le moratoire est en place depuis le début de 1996.

Votre gouvernement s’est donné comme mandat l’atteinte d’un déficit zéro, objectif fort louable. Mais c’est tout de même lors de cette recherche de solution d’un déficit zéro que vous avez décidé de doter le Québec d’une Grande bibliothèque (GBQ) pour pallier à la fois au problème de ressources de la ville de Montréal et de la Bibliothèque nationale du Québec. Nous étions et demeurons favorables au projet de la GBQ. Cependant, tel que nous l’avions souligné lors de la Commission parlementaire sur la GBQ en novembre 1997, nous craignions que le projet de la GBQ n’affaiblisse le réseau des bibliothèques publiques du Québec. Maintenir le moratoire ne donne-t-il pas des munitions aux opposants au projet de la GBQ, alléguant que les régions feront les frais du projet?

Actuellement en plus de maintenir le moratoire, il semble que votre gouvernement ait décidé de réduire le budget du ministère de la Culture et des Communications au chapitre de l’immobilisation pour les équipements culturels, et ce d’environ 20 %. Nous espérons nous tromper dans notre évaluation lorsque nous constatons que votre gouvernement a décidé de freiner la mise en place de nouvelles bibliothèques publiques plus adéquates ou leur rénovation, et ce dans l’intérêt des citoyens du Québec, au moment même où il investit massivement dans la GBQ. En prenant connaissance des données figurant dans le document Études de crédits 1999-2000 rendu public par la ministre de la Culture et des Communications, nous constatons avec regret que parmi les 17 projets énumérés, une seule bibliothèque a reçu un accord de principe dans le cadre du programme de soutien aux équipements culturels. Sans autres explications, force est de conclure qu’à la levée du moratoire, une seule bibliothèque pourra mettre de l’avant un projet de construction ou d’agrandissement alors que plusieurs villes, et non les moindres, comptaient sur une telle subvention depuis déjà quelques années.

Nonobstant ces préoccupations, nous sommes bien sûr très sensibles au fait que votre gouvernement investisse dans les bibliothèques publiques. Le budget alloué aux livres a augmenté de 40 % et 3,8 millions de dollars ont été investis dans l’informatisation des bibliothèques. Nous croyons toutefois, au-delà de toute considération matérielle, que le succès de la Politique de la lecture doit d’abord et avant tout reposer sur l’embauche de professionnels compétents, et ce à l’échelle du Québec, afin de bien exploiter toutes les ressources documentaires acquises. Toute politique doit s’articuler autour des individus qui lui insuffleront vie.

Vous comprendrez, monsieur le Premier ministre, que le développement des bibliothèques publiques québécoises s’avère des plus importants puisque celles-ci jouent un rôle fondamental en matière d’accès au savoir et aux connaissances, et symbolisent la liberté intellectuelle. En tant qu’institutions permettant l’accès universel et démocratique à l’information, les bibliothèques publiques sont essentielles pour aider à contrer l’analphabétisme, et supporter l’éducation, la recherche et le développement. Il ne faut pas oublier que seul un réseau de bibliothèques publiques bien nanti en ressources humaines compétentes, et en espaces modernes et adéquats permettra d’atteindre les objectifs visés par la Politique de la lecture.

Nous souhaitons ardemment la mise en place harmonieuse et efficace de la Politique de la lecture et nous avons cru utile de vous rappeler les principales conditions gagnantes pour y parvenir. Bien sûr nous sommes disponibles, en tout temps, pour vous aider à réaliser le mieux possible cet objectif fondamental pour tous les citoyens et citoyennes du Québec.

Veuillez agréer, monsieur le Premier ministre, nos sentiments les plus distingués.

Josée Saint-Marseille, bibl.prof. Présidente, Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec

pour

Denis Boisvert
Président, Les bibliothèques publiques du Québec

Gilles Deschatelets
Directeur, École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal

Hélène Dion
Présidente, Regroupement des centres régionaux de services aux bibliothèques publiques

Marc Dion
Président, Association professionnelle des techniciennes et techniciens en documentation du Québec

Yvon Joubert
Président, Association du personnel des services documentaires scolaires

 
     

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