Lettre publiée dans La Presse et dans Voir
 
 
 
 
  Projet de politique de la lecture et du livre

Lettre publiée le 8 décembre 1998 dans le quotidien la Presse et dans Voir (Québec) numéro du 10-16 décembre 1998.


Montréal, le 24 novembre 1998

Un cri du cœur

Le propos de cette lettre est encore une fois de s’interroger sur le modèle de société que nous désirons avoir pour le Québec et ce alors que les médias font écho aux revendications de divers groupes. Notre but n’est pas de mettre en doute le bien-fondé des revendications émanant et portant, à titre d’exemples, sur les milieux de la santé et de l’éducation. Il ne s’agit pas non plus de protestations visant à l’amélioration de conditions salariales, et ce particulièrement dans le contexte actuel de la campagne électorale.

Non, ce que nous tenons à communiquer c’est un cri de lassitude grandissante exprimé par des bibliothécaires à l’emploi des écoles autant des secteurs primaire, secondaire que collégial. Nous ne vous inonderons pas de statistiques ni de renvois à de multiples études expliquant les rôles essentiels de la bibliothèque en milieu scolaire tant pour le développement pédagogique, culturel qu’informationnel des jeunes. Non, nous voulons que ce cri provenant de professionnels comptant souvent plus de 20 ans d’expérience, possédant une maîtrise en bibliothéconomie et en sciences de l’information et des diplômes complémentaires, aboutisse à se poser une fois pour toutes les "bonnes questions".

N’en avons-nous pas assez de lire et d’entendre le nombre grandissant de décrochages scolaires, le taux élevé de personnes analphabètes, de constater le nombre élevé de parents épuisés par tout le bénévolat à effectuer dans les écoles?

Par ailleurs, on ne cesse de marteler que nous sommes entrés dans la société de l’information et que grâce aux technologies de l’information et de la communication notre économie va connaître un essor remarquable. C’est bien beau tout cela, mais il nous semble que nous n’avons pas pris tous les moyens à notre disposition pour préparer nos jeunes à prendre une part active dans cette société.

Comment? Prenons, à titre d’exemple, le document " La réforme pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire " qui circulait récemment à titre de consultation dans le milieu scolaire, et ce dans le cadre de la nouvelle réforme pédagogique de la ministre Pauline Marois. Nulle part dans ce document, on fait mention de la bibliothèque de l’école. Et pourtant, la bibliothèque de l’école peut jouer des rôles de premier ordre, tels que: complémentarité à l’apprentissage, soutien à la lecture et au développement du goût de lire, assistance à l’utilisation et l’intégration des NTIC, aide à l’apprentissage de la recherche documentaire, aide à l’éveil fondamental à la curiosité pour développer l’autonomie de l’enfant. Ceci n’est pas nouveau, il est le reflet d’un manque de vision flagrante de reconnaître l’essence même de la bibliothèque scolaire, et ce à tous les niveaux d’intervention.

Vous voulez d’autres exemples? Témoignages de collègues qui nous confient, horrifiés après des années de service, d’observer la dégradation constante dans le milieu. En effet, il appert que, dorénavant, avec la décentralisation, les budgets des bibliothèques ne sont plus des enveloppes fermées consacrées à l’achat de livres et au fonctionnement de la bibliothèque, mais plutôt, si nécessaire, peuvent être en partie amputés pour la rénovation de l’école, l’achat de nouvelles fenêtres ou encore pour payer un concierge le soir! Quelle belle volonté éducative que de mettre au même niveau intendance et bibliothèque!!!

Au printemps dernier, le Sommet sur la politique du livre et de la lecture, présidé par le Premier ministre Lucien Bouchard, laissait indiquer une volonté d’accorder une valeur à la lecture et aux organismes qui en font la promotion, en l’occurrence les bibliothèques. Des sommes considérables ont été dégagées pour les bibliothèques publiques et scolaires pour l’achat de livres. Dans cette voie, citons une mesure du plan d’action de cette politique:" le ministère de l’Éducation doublera son aide aux commissions scolaires et déterminera une formule afin d’assurer que l’aide soit liée à l’effort des commissions scolaires pour l’acquisition de ressources documentaires visant à combler les besoins des élèves." Cependant, actuellement, il ne semble pas y avoir de responsable désigné au dossier des bibliothèques scolaires au ministère de l’Éducation pour donner suite à cette mesure et mettre en application cette politique. Et pourtant lorsqu’on sensibilise individuellement parents, enseignants et directeurs d’écoles au rôle essentiel de la bibliothèque scolaire pour l’épanouissement de l’enfant, tous acquiescent. Bien sûr, a-t-on déjà vu quelqu’un contre la vertu?

En attendant, les rares bibliothécaires oeuvrant dans le milieu scolaire sont toujours là, prêts à donner vie aux bibliothèques des écoles.

Mais nous pouvons nous poser cette question: d’où viendra la volonté de mettre LA BIBLIOTHÈQUE à l’agenda des priorités ? Alors, nous revendiquons un peu moins de vertu et plus d’actions!!!

Josée Saint-Marseille, bibl.prof.

Présidente

Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec

 
     

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