Revue Argus
 
 
 
 

Argus, volume 30, numéro 3

Le mot de présentation

Publier… Dans «Le livre à venir»1 qui rassemble une série d’essais remontant à 40 ans, Maurice Blanchot s’attarde à ce que signifie publier, le fait de «rendre public» pour l’écrivain. Sa réflexion l’amène à tisser des liens avec certains concepts associés à l’existence publique d’une œuvre qui immortaliserait : la gloire, la renommée, la réputation, la publicité… Le geste de publier est aussi examiné dans sa dimension politique à l’intérieur du bref essai de Blanchot, coiffé du titre «La puissance et la gloire».

Cette évocation n’est pas ici anodine même si la réalité d’aujourd’hui diffère de celle où l’écrivain-philosophe rédigeait ses textes, édités à partir de 1953 dans la Nouvelle Revue Française. Pour quiconque est attentif à son environnement, l’espace public s’est élargi avec l’emprise des médias de masse, de leurs canaux continus d’information ainsi qu’avec Internet, qui offre les sites Web des journaux et les portails des majors dont les mises à jour sont fréquentes. Cette diffusion ressemble au fil de presse des salles de rédaction, qui transmet sans interruption les nouvelles en provenance de partout dans le monde.

Puis, avec les avancés de l’éditique, «publier» est devenu en soi presque banal. À ce point que la profusion se révèle un quasi-synonyme de pollution pour une industrie dans laquelle les maisons d’édition se bousculent plus que jamais afin d’obtenir leur part de marché. Ainsi, les titres font l’objet d’un savant marketing et leurs auteurs sont mis à contribution dans un salon du livre ou une émission de type «variétés». Tout cela ne tient pas compte entre autres de ce que la toile nous donne à lire, à entendre ou à voir.

Notre époque partage sans doute avec celle de Blanchot une «misère intellectuelle» à force d’exploiter l’émotion et de vouloir divertir. Le silence de nos bibliothèques apparaît aussi comme un rempart quand le vacarme des médias, nouveaux et conventionnels, tient lieu de place publique au dehors. Là, une recherche de la meilleure cote laisse glisser bien des trompe-l’œil.

La surcharge informationnelle semble servir de décor à la scène publique où le vrai et le faux, l’essentiel et le futile, restent toujours à démêler. Cependant, cette situation ne doit pas faire baisser les bras devant l’aventure de la publication qui se veut authentique et substantielle.

Une telle conclusion s’apparente à celle des fondateurs d’Argus qui, voilà 30 ans, initiaient un bulletin dont l’éditorial conserve son caractère actuel 2. Autrefois présenté modestement et produit avec des moyens limités, Argus possède maintenant un format plus attrayant ; toutefois, derrière chacune des parutions se trouvent inlassablement les efforts bénévoles des membres du comité de rédaction et ceux des auteurs, soucieux de recherche autant que de la présence publique de leur profession. Dans ce numéro en particulier, il est heureux que les pages de la revue s’ouvrent à des collaborations pertinentes : on traite notamment de formation et d’emploi dans le milieu de l’information documentaire.

Enfin, au cours de cette année du 30e, l’occasion m’a été fournie de travailler étroitement à la réalisation du périodique qui a encore sa raison d’être. Mais ce mandat prend fin aujourd’hui. Bonne chance à Cécile Lointier qui assurera la relève à la présidence du comité de rédaction et longue vie à Argus !

Pierre Dupuis
président du comité de rédaction
p-e.dupuis@sympatico.ca

 

Note éditoriale
Au moment d’aller sous presse pour le dernier numéro d’Argus, nous rapportions dans le mot de présentation qu’un projet de regroupement municipal entre quelques municipalités, dont Repentigny et Le Gardeur, suscitait l’opposition de Charlemagne. En outre, la bibliothèque de Charlemagne était alors vouée à la disparition avec la fusion projetée. Fin septembre 2001, Repentigny et Le Gardeur modifiaient leur position : «Nous avons donc l’intention de la [bibliothèque de Charlemagne] maintenir ouverte, si les mesures particulières nécessaires à son maintien sont accordées dans les dispositions du décret gouvernemental», affirmait alors la mairesse de Repentigny, Mme Chantal Deschamps.

 

1 Blanchot, Maurice. Le livre à venir. Paris : Gallimard. 1959. 367 p.
   
2 Dans les pages spéciales de ce numéro, qui visent à souligner le trentième anniversaire de la revue, paraît «Pourquoi Argus ?», ayant inauguré le bulletin en 1971.
 
     

ACTUALITÉS | CBPQ EN BREF | LA PROFESSION | SERVICES | EMPLOI
FORMATION CONTINUE | CONGRÈS | PUBLICATIONS | DOSSIERS | DEVENIR MEMBRE