Introduction
Qu’est-ce qu’un bibliothécaire engagé? Le comité de rédaction d’Argus s’est interrogé sur la notion d’engagement à l’heure de la société de l’information. Cette dernière, avec le développement rapide des technologies, fait évoluer rapidement notre métier, les pratiques de nos usagers et le contexte dans lequel nous travaillons. Nous nous sommes alors demandés quelles en étaient les conséquences principales pour notre profession, et si l’une d’entre elles n’était pas justement la nécessité de s’engager activement dans la société, de prendre position, pour accompagner ces changements, en contrer les effets négatifs et en suivre – voire susciter – les effets et initiatives positifs, et ainsi protéger les valeurs qui sous-tendent notre travail. Mais alors, quelles sont ces valeurs? Sont-elles les mêmes qu’il y a 50 ans? Doit-on défendre plus de choses aujourd’hui, dans ce contexte technologique mouvant, dans ce monde que l’on dit de plus en plus global et mondialisé?
Nous avons ainsi réfléchi à la place que nous pouvons, pourrions ou devrions occuper sur le terrain social et citoyen de ce nouveau siècle, plus précisément en ce qui concerne le droit d’accès à l’information, aussi bien d’un point de vue légal que matériel (pour emprunter un livre dans une bibliothèque, il faut au départ qu’il y ait une bibliothèque, puis qu’elle dispose elle-même des moyens humains et financiers nécessaires pour offrir les documents aux usagers… et nous pensons tout particulièrement ici aux bibliothèques scolaires québécoises). Par ailleurs, nous avons réfléchi, entre autres, à notre rôle vis-à-vis de la censure, des définitions équitables de la propriété intellectuelle et du droit d’auteur pour les créateurs et pour les lecteurs, et de la marchandisation de l’information.
Nous avons sollicité l’avis de bibliothécaires tout près
de nous ou qui travaillent dans des contextes différents (Kranish,
p. 17, à propos du positionnement de l’American Library Association
contre le Patriot Act). Nous avons aussi réfléchi aux différentes
formes que peut prendre notre engagement en tant que bibliothécaire,
aussi bien à un niveau collectif (Hervé Le Crosnier, p. 11,
et la Déclaration de Buenos Aires sur l’information, la documentation
et les bibliothèques p. 40) qu’à un niveau individuel
(Jocelyne Dion, p. 29). Nous avons aussi cherché dans l’histoire
des exemples de bibliothécaires engagés (Catherine Bernier,
p. 25). Nous avons également pensé à l’engagement
possible des usagers en faveur de leur bibliothèque par l’entremise
de groupes d’influence (Diane Mittermeyer p. 33), car s’il nous
est apparu, après réflexion, que nous devions prendre position
et agir en tant que professionnels de
l’information, nous croyons que nos lecteurs-usagers-citoyens doivent
eux aussi
s’engager pour la défense de leur bibliothèque et des
valeurs qu’elle défend. Et enfin, qui de mieux que notre Saint
Patron, Saint Jérôme (Jacques Messier, p. 31), doté selon
toute vraisemblance d’un caractère irascible et d’une langue
bien pendue, pour guider et suivre d’un œil bienveillant nos recherches
et nos réflexions sur l’engagement dans notre société?